Le motif de la sorcière : des usages de l’anachronisme dans le Premier Faust de Goethe

La sorcellerie est mise en scène dans le Premier Faust conformément à des textes des XVe‑XVIIe siècles. Placées à des moments-charnière, les scènes concernées sont des ornements qui jouent un rôle dans la construction dramatique de la pièce et contribuent à assurer l’enchaînement des péripéties. Ell...

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Bibliographic Details
Main Author: Françoise Knopper
Format: Article
Language:deu
Published: Presses universitaires de Strasbourg 2010-12-01
Series:Recherches Germaniques
Online Access:https://journals.openedition.org/rg/561
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Description
Summary:La sorcellerie est mise en scène dans le Premier Faust conformément à des textes des XVe‑XVIIe siècles. Placées à des moments-charnière, les scènes concernées sont des ornements qui jouent un rôle dans la construction dramatique de la pièce et contribuent à assurer l’enchaînement des péripéties. Elles ont aussi une dimension ludique car les manigances des sorcières sont burlesques et les allusions aux contemporains de Goethe qui font irruption ici renforcent le comique. Ce motif de la sorcière est aussi utilisé à titre de symbole dans la construction de la connaissance : les sorcières accompagnent Faust dans son exploration de l’univers et mani­festent la relation au feu, à l’air, au monde souterrain. « L’élément sorcière » se caractérise par une mobilité qui reproduit l’énergie vitale, l’alternance de mécanismes d’attirance et de répulsion, illustrant l’intérêt porté par Goethe au magnétisme et à l’électricité. Le détour par le monde des sorciers est nécessaire à Faust qui ne se contente pas du ratio­na­lisme empirique ou de la seule discipline de vie prônés par certains de ses contem­porains. Le motif de la sorcière sert ainsi à explorer les limites de la raison et, par le biais de la littérarisation et de l’amusement, il confère une fonction épistémologique à l’imagination, permettant d’appréhender le vitalisme universel et d’éviter de scinder le savoir et la vie. C’est la libération de l’imagination, stimulée par les sorcières, qui aide Faust à dépasser ses limites et, conjointement, à prendre précisément conscience de ses limites et à élaborer alors d’autres dispositifs. Le dévergondage des sorcières met en évidence l’innocence de Gretchen et le recours à un philtre magique permet d’extérioriser la part de bestialité qui existe en Faust sans pour autant suffire à le damner.
ISSN:0399-1989
2649-860X